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📄 Seisme

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Carte de la répartition mondiale des séismes en 2010, montrant leur distribution essentiellement le long des frontiÚres des grandes plaques tectoniques (dorsales dans les océans, ceinture de feu du Pacifique et ceinture alpine sur les continents).

Un séisme ou tremblement de terre est une succession de secousses du sol résultant de la libération brusque d'énergie accumulée par les contraintes exercées sur les roches. Cette libération d'énergie se fait par rupture puis glissement le long d'une faille, généralement préexistante. Plus rares sont les séismes dus à l'activité volcanique ou d'origine artificielle (explosions par exemple). Le lieu de la rupture des roches en profondeur se nomme le foyer. La projection du foyer à la surface est l'épicentre du séisme. Le mouvement des roches prÚs du foyer engendre des vibrations élastiques qui se propagent, sous la forme de paquets d'ondes sismiques, autour et au travers du globe terrestre. Il produit aussi un dégagement de chaleur par frottement, au point de parfois fondre les roches le long de la faille (pseudotachylites).

Il se produit de trĂšs nombreux sĂ©ismes tous les jours, mais la plupart ne sont pas ressentis par les humains. Environ cent mille sĂ©ismes sont enregistrĂ©s chaque annĂ©e sur la planĂšte[1]. Les plus puissants d'entre eux comptent parmi les catastrophes naturelles les plus destructrices. Les sĂ©ismes les plus importants modifient la pĂ©riode de rotation de la Terre et donc la durĂ©e d’une journĂ©e (de l'ordre de la microseconde).

La majorité des séismes se produisent à la limite entre les plaques tectoniques (séismes interplaques) de la Terre, mais il peut aussi y avoir des séismes à l'intérieur des plaques (séismes intraplaques). La tectonique des plaques rend compte convenablement de la répartition des ceintures de sismicité à la surface du globe : les grandes ceintures sismiques du globe, caractérisées par la densité géographique des séismes, sont la ceinture de feu du Pacifique (80 % de l'énergie sismique libérée chaque année), la ceinture alpine (15 % de l'énergie annuelle) et les dorsales dans les océans (5 % de l'énergie annuelle)[2].

La science qui Ă©tudie ces phĂ©nomĂšnes est la sismologie, pratiquĂ©e par les sismologues, et son instrument de mesure principal est le sismomĂštre, qui enregistre les donnĂ©es sous forme de sismogrammes. L'acquisition et l'enregistrement du signal s'obtiennent dans une station sismique regroupant, outre les capteurs eux-mĂȘmes, des numĂ©riseurs, des enregistreurs et antennes GPS, pour le positionnement gĂ©ographique et l'horodatage des donnĂ©es.

Conséquences d'un séisme à Mexico.
Vue panoramique de San Francisco aprĂšs le tremblement de terre et l'incendie de 1906.
Les séismes dans le monde de 1963 à 1998.

Histoire

Croquis montrant l'évolution des contraintes et déformations au cours du temps.
Rebond élastique et cycle sismique.

Si le séisme de 1755 à Lisbonne est à l'origine de la naissance de la sismologie, le débat qu'il suscite ne fait pas progresser la connaissance de la genÚse des séismes[3].

La simultanéité entre rupture de faille et tremblement de terre est observée et décrite dÚs le XIXe siÚcle par les scientifiques qui lient la formation des principaux séismes à un brusque glissement le long d'une faille au sein de la croûte terrestre et/ou dans la lithosphÚre sous-jacente. Mais les théories ne parviennent pas à décider lequel des phénomÚnes est à l'origine de l'autre et ne peuvent expliquer le mécanisme. En 1884, le géologue américain Grove Karl Gilbert propose le premier modÚle de « cycle sismique » linéaire et régulier, postulant que les séismes les plus importants ont l'intervalle de récurrence[4] le plus fort[5]. C'est en 1910, aprÚs le séisme de 1906 à San Francisco, qu'un géodésien californien, Harry Fielding Reid (en), émet la théorie du rebond élastique. Selon cette théorie, les contraintes déforment élastiquement la croûte terrestre de part et d'autre de la faille, provoquant le déplacement asismique des deux blocs séparés par cette zone de rupture potentielle (la faille est alors inactive ou bloquée, et prend du retard par rapport à celles qui l'entourent, le séisme lui permettant de rattraper ce retard selon le rythme de son fonctionnement conçu comme régulier). Ce glissement est bloqué durant les périodes inter-sismiques (entre les séismes), l'énergie s'accumulant par la déformation élastique des roches. Lorsque leur résistance maximale est atteinte (phase cosismique), l'énergie est brusquement libérée et la rupture se produit par le brusque relùchement de contraintes élastiques préalablement accumulées par une lente déformation du sous-sol, ce qui provoque un jeu de la faille. AprÚs un épisode sismique (phase post-sismique caractérisée par des répliques et des réajustements visco-élastiques), les roches broyées de la faille se ressoudent au cours du temps et la faille acquiert une nouvelle résistance. Le dispositif se réarme : la faille « se charge » puis se décharge brusquement par relaxation de contrainte. Reid explique ainsi le cycle sismique (cycle de chargement/déchargement)[6] complété par les différentes périodes sismiques de Wayne Thatcher[7]. Si ce modÚle théorique de l'origine des tremblements de terre est encore couramment accepté par la communauté scientifique, il n'explique pas les récurrences sismiques irréguliÚres comme le révÚle les traces laissées par les séismes (géomorphologie, paléosismologie, lichénométrie, dendrochronologie)[8].

Cette théorie est complétée en 1966 en prenant en compte le processus de friction. Les variations des propriétés de friction sur les failles, dues à plusieurs facteurs (faible couplage des deux blocs, déformation asismique, phénomÚnes transitoires de glissement lent, rÎle de fluides, etc.), expliquent les cycles sismiques irréguliers[9]. Une loi de friction spécifique pour la modélisation des transferts de contrainte, dépendant de la vitesse et du temps de contact entre les deux surfaces, est proposée à la fin des années 1970[10],[11].

Origine

Les trois grands types de failles:
A. Décrochement
B. Faille normale
C. Faille inverse

Un tremblement de terre est une secousse plus ou moins violente du sol qui peut avoir quatre origines : rupture d'une faille ou d'un segment de faille (séismes tectoniques) ; intrusion et dégazage d'un magma (séismes volcaniques) ; « craquements » des calottes glaciaires se répercutant dans la croûte terrestre (séismes polaires)[12] ; explosion, effondrement d'une cavité (séismes d'origine naturelle ou dus à l'activité humaine)[13]. En pratique, on classe les séismes en quatre catégories selon les phénomÚnes qui les ont engendrés :

Séismes tectoniques

Les sĂ©ismes tectoniques sont de loin les plus frĂ©quents et dĂ©vastateurs. Une grande partie des sĂ©ismes tectoniques a lieu aux limites des plaques, oĂč se produit un glissement entre deux milieux rocheux. Une autre partie a lieu sur le long d'un plan de fragilitĂ© existant ou nĂ©oformĂ©. Ce glissement, localisĂ© sur une ou plusieurs failles, est bloquĂ© durant les pĂ©riodes inter-sismiques (entre les sĂ©ismes) de dĂ©placement asismique des deux blocs sĂ©parĂ©s par la zone de rupture potentielle (la faille est alors inactive), et l'Ă©nergie s'accumule par la dĂ©formation Ă©lastique des roches[14]. Cette Ă©nergie et le glissement sont brusquement relĂąchĂ©s lors des sĂ©ismes[15]. Dans les zones de subduction, les sĂ©ismes reprĂ©sentent en nombre la moitiĂ© de ceux qui sont destructeurs sur la Terre, et dissipent 75 % de l'Ă©nergie sismique de la planĂšte. C'est le seul endroit oĂč on trouve des sĂ©ismes profonds (de 300 Ă  645 kilomĂštres). Au niveau des dorsales mĂ©dio-ocĂ©aniques, les sĂ©ismes ont des foyers superficiels (0 Ă  10 kilomĂštres), et correspondent Ă  5 % de l'Ă©nergie sismique totale. De mĂȘme, au niveau des grandes failles de dĂ©crochement, ont lieu des sĂ©ismes ayant des foyers de profondeur intermĂ©diaire (de 0 Ă  20 kilomĂštres en moyenne) qui correspondent Ă  15 % de l'Ă©nergie. Le relĂąchement de l'Ă©nergie accumulĂ©e ne se fait gĂ©nĂ©ralement pas en une seule secousse, et il peut se produire plusieurs rĂ©ajustements avant de retrouver une configuration stable. Ainsi, on constate des rĂ©pliques Ă  la suite de la secousse principale d'un sĂ©isme, d'amplitude dĂ©croissante, et sur une durĂ©e allant de quelques minutes Ă  plus d'un an. Ces secousses secondaires sont parfois plus dĂ©vastatrices que la secousse principale, car elles peuvent faire s'Ă©crouler des bĂątiments qui n'avaient Ă©tĂ© qu'endommagĂ©s, alors que les secours sont Ă  l'Ɠuvre. Il peut aussi se produire une rĂ©plique plus puissante encore que la secousse principale quelle que soit sa magnitude. Par exemple, un sĂ©isme de 9,0 peut ĂȘtre suivi d'une rĂ©plique de 9,3 plusieurs mois plus tard mĂȘme si cet enchaĂźnement reste extrĂȘmement rare.

Séismes d'origine volcanique

Les séismes d'origine volcanique résultent de l'accumulation de magma dans la chambre magmatique d'un volcan. Les sismographes enregistrent alors une multitude de microséismes (trémor) dus à des ruptures dans les roches comprimées ou au dégazage du magma[13]. La remontée progressive des hypocentres (liée à la remontée du magma) est un indice prouvant que le volcan est en phase de réveil et qu'une éruption est imminente.

Séismes d'origine polaire

Les glaciers et la couche de glace présentent une certaine élasticité, mais les avancées différentiées et périodiques (rythme saisonnier marqué) de coulées de glace provoquent des cassures dont les ondes élastiques génÚrent des tremblements de terre, enregistrés par des sismographes loin du pÎle à travers le monde[12]. Ces « tremblements de terre glaciaires » du Groenland sont caractérisés par une forte saisonnalité. Une étude publiée en 2006 a conclu que le nombre de ces séismes avait doublé de 2000 à 2005, tendance temporelle suggérant un lien avec une modification du cycle hydrologique et une réponse glaciaire à l'évolution des conditions climatiques[12].

Séismes d'origine artificielle

Les sĂ©ismes d'origine artificielle ou « sĂ©ismes induits » de faible Ă  moyenne magnitude sont dus Ă  certaines activitĂ©s humaines telles que barrages, pompages profonds, extraction miniĂšre, explosions souterraines ou nuclĂ©aires, ou mĂȘme bombardements[16]. Ils sont frĂ©quents et bien documentĂ©s depuis les annĂ©es 1960-1970. Par exemple, rien que pour la France et uniquement pour les annĂ©es 1971-1976, plusieurs sĂ©ismes ont Ă©tĂ© clairement attribuĂ©s Ă  des remplissages de lacs-rĂ©servoirs, Ă  l'exploitation de gisements pĂ©trolifĂšres ou aux mines :

  • le remplissage du lac de Vouglans (Jura) (magnitude 4,3, le ) qui produit des dĂ©gĂąts dans les villages voisins du barrage ;
  • autour du lac-rĂ©servoir de l'Alesani, en Corse, le , un sĂ©isme est ressenti sur une faible surface centrĂ©e sur le lac (dans une zone jusqu'alors complĂštement asismique) . En , lors d'un nouveau remplissage (aprĂšs vidange du barrage durant plusieurs mois), un nouveau sĂ©isme de magnitude 4,4 est ressenti ;
  • le lac-rĂ©servoir de Sainte-croix-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) n'a pas bougĂ© lors de son remplissage, mais de Ă  , les stations sĂ©ismiques tĂ©lĂ©mĂ©trĂ©es ont enregistrĂ© plus de 90 petites secousses, au voisinage mĂȘme du lac, et leur frĂ©quence maximale (36 secousses en 3 mois) correspondait au moment du pic de remplissage (mars-) ;
  • le gisement pĂ©trolifĂšre et gazier de Lacq (surveillĂ© depuis 1974), a encore produit des sĂ©ismes (dont le de magnitude 4,0, ainsi qu'en de magnitude 4[17]) ;
  • le gisement gazier de ValempouliĂšres (Jura) a gĂ©nĂ©rĂ© un petit sĂ©isme le , ressenti dans les communes l'entourant ;
  • des « coups de toit » peuvent toucher les rĂ©gions miniĂšres, Ă  l'image des anciens bassins houillers de Fuveau-Gardanne dans les Bouches-du-RhĂŽne et celui de Creutzwald-Merlebach en Moselle, et peuvent ĂȘtre confondus avec de vĂ©ritables sĂ©ismes naturels[18].

Les tremblements de terre engendrent parfois des tsunamis, dont la puissance destructrice menace une part croissante de l'humanité, installée en bordure de mer. Ils peuvent aussi menacer les installations pétroliÚres et gaziÚres offshore et disperser les décharges sous-marines contenant des déchets toxiques, déchets radioactifs et munitions immergées. On cherche à les prévoir, pour s'en protéger, à l'aide d'un réseau mondial d'alerte, qui se met en place, en Indonésie et Asie du Sud-Est notamment.

Dans certains cas, les séismes provoquent la liquéfaction du sol : un sol mou et riche en eau perdra sa cohésion sous l'effet d'une secousse.

Un centre de recherche sur les centrales géothermiques, dans le nord-est de la France, expérimente des techniques de géothermie. L'expérience consiste à injecter de l'eau froide dans des poches de magma (2 trous préalablement forés, l'un pour l'entrée de l'eau froide et l'autre pour la sortie de l'eau transformée en vapeur, puis de la récupérer sous forme de vapeur, de la mettre en pression puis de faire tourner une turbine puis produire de l'électricité. L'injection d'eau froide dans les poches de magma agit sur les failles environnantes, l'eau ainsi apportée agit comme lubrifiant et produit des micro séismes qui peuvent aller jusqu'à produire des fissures sur les murs des maisons.[réf. nécessaire]

Séismes extraterrestres

MĂȘme si la Terre est le seul objet cĂ©leste oĂč l'on ait mis en Ă©vidence une tectonique des plaques, elle n'est pas le seul Ă  subir des vibrations (sĂ©ismes localisĂ©s et oscillations Ă  grande Ă©chelle). Ces vibrations peuvent ĂȘtre dues Ă  une autre forme de tectonique (contraction ou dilatation de l'objet) ou Ă  des impacts cosmiques[19].

Les missions Apollo ont déposé plusieurs sismomÚtres à la surface de la Lune. On a enregistré quatre types de séismes, d'origines différentes. Certains sont dus à la libération de contraintes engendrées par les effets de marée, d'autres à des impacts de météorites, d'autres encore à la libération de contraintes d'origine thermique. L'origine des séismes du quatriÚme type, forts, peu profonds et d'assez longue durée, est inconnue.

Le seul autre objet extraterrestre oĂč l'on ait installĂ© un sismomĂštre est Mars, fin 2018 (sonde InSight). OpĂ©rationnel dĂ©but , le sismomĂštre SEIS (dĂ©veloppĂ© par l'Institut de physique du globe de Paris) a enregistrĂ© son premier sĂ©isme martien le . Jusqu'Ă  prĂ©sent ces sĂ©ismes sont trĂšs faibles, sur Terre, ils seraient masquĂ©s par le bruit sismique des ocĂ©ans.

L'étude de Mercure montre la présence d'un grand nombre de failles inverses, caractéristiques d'une contraction globale de la planÚte (sans doute liée à son refroidissement progressif). La sonde Messenger, notamment, a révélé l'existence de telles failles traversant des cratÚres d'impacts petits et récents. On en déduit que Mercure est aujourd'hui encore sujette à une tectonique active, trÚs certainement accompagnée de séismes.

La surface de Vénus est elle-aussi parcourue par des failles et des plissements. Il est vraisemblable que Vénus soit encore active tectoniquement, mais on n'en a pas la preuve. S'il y a de forts séismes on espÚre, à défaut de pouvoir les enregistrer directement (faute de sismomÚtre), en repérer des conséquences atmosphériques.

On ne sait rien de l'activité sismique de la planÚte Jupiter, mais il est plausible qu'elle subisse des oscillations d'échelle planétaire à l'instar de Saturne, dont les oscillations se répercutent sur ses anneaux sous la forme d'ondes observables. Pour Uranus et Neptune on ne sait pas.

Depuis le survol de la planĂšte Pluton par la sonde New Horizons en 2014, on sait que cette planĂšte naine a une activitĂ© gĂ©ologique rĂ©cente (et sans doute actuelle), qui se manifeste notamment par des failles, dont la formation ou la rĂ©activation s'accompagne certainement de sĂ©ismes. Les contraintes tectoniques peuvent ĂȘtre dues Ă  des cycles de gel (partiel) et refonte de l'eau situĂ©e en dessous de la croĂ»te de glace.

Le soleil lui-mĂȘme est sujet Ă  des oscillations globales, Ă©tudiĂ©es par l'hĂ©liosismologie. Des oscillations similaires, observables dans d'autres Ă©toiles, sont Ă©tudiĂ©es par l'astĂ©rosismologie.

Caractéristiques principales

Épicentre, hypocentre (foyer) et faille.

L'hypocentre ou foyer sismique peut se trouver entre la surface et sept cents kilomÚtres de profondeur (limite du manteau supérieur) pour les événements les plus profonds.

Magnitude

La puissance d'un tremblement de terre peut ĂȘtre quantifiĂ©e par sa magnitude, notion introduite en 1935 par le sismologue Charles Francis Richter[20]. La magnitude se calcule Ă  partir des enregistrements des diffĂ©rents types d'ondes sismiques en tenant compte de paramĂštres comme la distance Ă  l'Ă©picentre, la profondeur de l'hypocentre, la frĂ©quence du signal, le type de sismographe utilisĂ©, etc. La magnitude est une fonction continue logarithmique[20] : lorsque l'amplitude des ondes sismiques est multipliĂ©e par 10, la magnitude augmente d'une unitĂ©. Ainsi, un sĂ©isme de magnitude 7 provoquera une amplitude dix fois plus importante qu'un Ă©vĂ©nement de magnitude 6, cent fois plus importante qu'un Ă©vĂ©nement de magnitude 5.

La magnitude, souvent appelĂ©e de maniĂšre impropre magnitude sur l'Ă©chelle de Richter, est Ă  l'origine calculĂ©e Ă  partir de l'amplitude ou de la durĂ©e du signal enregistrĂ© par un sismographe[20]. Plusieurs valeurs peuvent ĂȘtre ainsi calculĂ©es (Magnitude locale , de durĂ©e , des ondes de surfaces , des ondes de volumes ). Ces diffĂ©rentes valeurs ne sont pas trĂšs fiables dans le cas des trĂšs grands tremblements de terre. Les sismologues lui prĂ©fĂšrent donc la magnitude de moment (notĂ©e ) qui est directement reliĂ©e Ă  l'Ă©nergie libĂ©rĂ©e lors du sĂ©isme[20]. Des lois d'Ă©chelle relient cette magnitude de moment Ă  la gĂ©omĂ©trie de la faille (surface), Ă  la rĂ©sistance des roches (module de rigiditĂ©) et au mouvement cosismique (glissement moyen sur la faille).

Intensité macrosismique

Carte des intensités du séisme de 2010 en Haïti.

L'intensitĂ© macrosismique, qu'il ne faut pas confondre avec la magnitude, caractĂ©rise la sĂ©vĂ©ritĂ© de la secousse sismique au sol. DĂ©finition de l'importance des tremblements de terre classĂ©e de maniĂšre qualitative, Ă  partir des dĂ©gĂąts occasionnĂ©s en surface, elle se fonde sur l'observation des effets et des consĂ©quences du sĂ©isme sur des indicateurs communs en un lieu donné : effets sur les personnes, les objets, les mobiliers, les constructions, l'environnement. Le fait que ces effets soient en petit ou en grand nombre sur la zone estimĂ©e est en soi un indicateur du niveau de sĂ©vĂ©ritĂ© de la secousse. L'intensitĂ© est gĂ©nĂ©ralement estimĂ©e Ă  l'Ă©chelle de la commune. On prendra par exemple en compte le fait que les fenĂȘtres ont vibrĂ© lĂ©gĂšrement ou fortement, qu'elles se sont ouvertes, que les objets ont vibrĂ©, se sont dĂ©placĂ©s ou ont chutĂ© en petit nombre ou en grand nombre, que des dĂ©gĂąts sont observĂ©s, en tenant compte des diffĂ©rentes typologies constructives (de la plus vulnĂ©rable Ă  la plus rĂ©sistante Ă  la secousse), les diffĂ©rents degrĂ©s de dĂ©gĂąts (du dĂ©gĂąt mineur Ă  l'effondrement total de la construction) et si la proportion des dĂ©gĂąts observĂ©s est importante ou non (quelques maisons, ou l'ensemble des habitations)[21].

Les échelles d'intensité comportent des degrés généralement notés en chiffres romains, de I à XII pour les échelles les plus connues (Mercalli, MSK ou EMS). Parmi les différentes échelles, on peut citer :

Les relations entre magnitude et intensité sont complexes. L'intensité dépend du lieu d'observation des effets. Elle décroßt généralement lorsqu'on s'éloigne de l'épicentre en raison des atténuations dues à la distance (atténuation géométrique) ou au milieu géologique traversé par les ondes sismiques (atténuation anélastique ou intrinsÚque), mais d'éventuels effets de site (écho, amplification locale, par exemple, par des sédiments ou dans des pitons rocheux) peuvent perturber les courbes moyennes de décroissance que l'on utilise pour déterminer l'intensité et l'accélération maximale du sol qu'ont à subir les constructions sur les sites touchés, ou qu'ils auront à subir sur un site précis lorsqu'on détermine un aléa sismique.

Statistiquement, à 10 kilomÚtres d'un séisme de magnitude 6, on peut s'attendre à des accélérations de 2 mÚtres par seconde au carré, des vitesses du sol de 1 mÚtre par seconde et des déplacements d'une dizaine de centimÚtres ; le tout, pendant une dizaine de secondes[22].

Conséquences géophysiques

Comme certains autres phénomÚnes majeurs (la fonte d'une calotte glaciaire par exemple)[23], les séismes importants peuvent avoir une conséquence imperceptible sur la période de rotation de la Terre et sur la durée du jour[24],[25]. Le séisme de 2004 à Sumatra a provoqué un déplacement de l'axe de rotation du globe de sept centimÚtres et le raccourcissement de la durée du jour de 6,8 microsecondes[26],[25]. Le séisme de 2010 au Chili a été assez puissant pour décaler l'axe de rotation de la Terre de huit centimÚtres, ce qui a raccourci la durée du jour de 1,26 ”s[27],[28]. Le séisme de 2011 au Japon a lui aussi déplacé l'axe de rotation de la Terre d'une dizaine de centimÚtres[29], et a provoqué un raccourcissement de la durée du jour de 1,8 ”s[30].

Il faut préciser ici que l'expression "axe de rotation" est en réalité une simplification : c'est l'axe de figure qui est modifié (« l'axe de figure est l'axe principal d'inertie ayant le plus fort moment d'inertie, c'est en quelque sorte l'axe de symétrie de la Terre »)[31]. « Le mouvement du pÎle de rotation par rapport à la croûte terrestre, la polhodie, découlant en grande partie des transports continuels de masse dans l'atmosphÚre et les océans, l'impact des séismes y est brouillé et pratiquement impossible à déceler. »[31]. On peut cependant isoler un décalage de l'axe de figure induit par les méga-séismes : celui-ci, de quelques micro-secondes, est inférieur à la variation journaliÚre qui atteint 50 à 100 ”s[31].

La modification de l'axe de rotation de la Terre survient lorsque celui-ci ne coĂŻncide plus avec un de ses axes principaux d'inertie. L'oscillation qui s'ensuit provoque le dĂ©placement du pĂŽle de rotation de la Terre, de quelques dizaines de mĂštres et avec une pĂ©riode d’environ 433 jours[32]. Les sĂ©ismes, les marĂ©es, l'interaction entre le noyau et le manteau, les variations hydrographiques et les mouvements ocĂ©aniques et atmosphĂ©riques peuvent contribuer Ă  ce phĂ©nomĂšne[32].

Différents types d'ondes sismiques

Au moment du relĂąchement brutal des contraintes de la croĂ»te terrestre (sĂ©isme), deux grandes catĂ©gories d'ondes peuvent ĂȘtre gĂ©nĂ©rĂ©es. Il s'agit des ondes de volume qui se propagent Ă  l'intĂ©rieur de la Terre et des ondes de surface qui se propagent le long des interfaces[33].

Dans les ondes de volume, on distingue :

  • les ondes P ou ondes de compression. Le dĂ©placement du sol se fait par dilatation et compression successives, parallĂšlement Ă  la direction de propagation de l'onde. Les ondes P sont les plus rapides (6 km/s prĂšs de la surface). Ce sont les ondes enregistrĂ©es en premier sur un sismogramme[33] ;
  • les ondes S ou ondes de cisaillement. Les vibrations s'effectuent perpendiculairement au sens de propagation de l'onde, comme sur une corde de guitare. Plus lentes que les ondes P, elles apparaissent en second sur les sismogrammes[33].

Les ondes de surface (ondes de Rayleigh, ondes de Love) résultent de l'interaction des ondes de volume. Elles sont guidées par la surface de la Terre, se propagent moins vite que les ondes de volume, mais ont généralement une plus forte amplitude[33]. Généralement ce sont les ondes de surface qui produisent les effets destructeurs des séismes.

Enregistrement des séismes

Les plus anciens relevés sismiques datent du VIIIe millénaire av. J.-C.[réf. nécessaire].
Pour les séismes instrumentaux depuis 1960, le Centre Sismologique International établit un catalogue complet, une liste de plus de 14000 séismes de référence, et une bibliographie scientifique exhaustive[34].

Séismes les plus puissants enregistrés depuis 1900

Liste de séismes de magnitude de moment supérieure ou égale à 8,5.

Séismes les plus meurtriers depuis 1900

Tremblements de terre ayant fait plus de 15 000 morts d'aprÚs les estimations des autorités locales, placés dans l'ordre chronologique.

Méthodes de détection

Ancienne méthode chinoise

Réplique du sismographe de Zhang Heng.

L'ancienne mĂ©thode chinoise consistait en un vase de bronze comportant huit dragons sur le contour, le Houfeng Didong Yi du chinois Zhang Heng, mis au point en l'an 132 de l'Ăšre commune. Une bille Ă©tait placĂ©e dans la gueule de chaque dragon, prĂȘte Ă  tomber dans la gueule d'un crapaud. Lorsqu'un sĂ©isme se produisait, la bille d'un des dragons (dĂ©pendant de l'endroit oĂč se produisait le sĂ©isme) tombait dans la gueule d'un des crapauds. Cela indiquait la direction de l'Ă©picentre du tremblement de terre, et vers oĂč il fallait envoyer les secours.

Méthodes modernes

La localisation de l'épicentre par des moyens modernes se fait à l'aide de plusieurs stations sismiques (3 au minimum), et un calcul tridimensionnel. Les capteurs modernes permettent de détecter des événements trÚs sensibles, tels qu'une explosion nucléaire.

Le Centre sismologique euro-méditerranéen a quant à lui développé un processus de détection sismique basé sur l'analyse du trafic web et des contenus sur Twitter. La collecte de témoignages et de photos permet en outre de connaßtre l'intensité des séismes ressentis, et d'apprécier et géolocaliser les dégùts matériels.

Méthodes de prédictions

Les mĂ©thodes de prĂ©diction sismique reposent sur une prĂ©diction qui spĂ©cifie, avec leur incertitude, la position, la taille, la date du sĂ©isme, et donne une estimation de la probabilitĂ© de son propre succĂšs. La possibilitĂ© de la prĂ©diction sismique repose sur l'existence, et la reconnaissance des « prĂ©curseurs », signes avant-coureurs d'un sĂ©isme[48]. En l'absence de prĂ©curseurs fiables, ces mĂ©thodes sont accompagnĂ©es de non-dĂ©tections qui entraĂźnent des procĂšs pour les spĂ©cialistes et des fausses alarmes qui provoquent une perte de confiance des populations alertĂ©es, et Ă©ventuellement Ă©vacuĂ©es Ă  tort. Enfin, dans les rĂ©gions Ă  forte sismicitĂ© comme l'Iran, les habitants ne prĂȘtent plus attention aux petits chocs sismiques et aux prĂ©dictions de tremblements de terre destructeurs faites[49].

En 1977, alors qu'il recevait une mĂ©daille de la Seismological Society of America (en), Charles Richter, l'inventeur de l'Ă©chelle qui porte son nom commentait : « Depuis mon attachement Ă  la sismologie, j'ai eu une horreur des prĂ©dictions et des prĂ©dicteurs. Les journalistes et le public bondissent sur la moindre Ă©vocation d'un moyen infime de prĂ©voir les sĂ©ismes, comme des cochons affamĂ©s se ruent sur leur mangeoire [
] Ces Ă©lĂ©ments de prĂ©diction sont un terrain de jeu pour les amateurs, les nĂ©vrosĂ©s et les charlatans avides de publicitĂ© mĂ©diatique »[50].

Il faut distinguer la prédiction sismique, généralement définie sur quelques jours ou semaines, de la prévision sismique[51] qui est un calcul de probabilité du risque sismique sur le long terme (plusieurs années) et de la prévention sismique qui fait partie de la prévention des risques naturels, notamment au travers de l'établissement de plans de prévention des risques[52].

Long terme

Les prévisions à long terme reposent sur une analyse statistique des failles répertoriées et sur des modÚles déterministes (on essaie d'imaginer le pire scénario sismique possible pour une région donnée) ou probabilistes (on calcule la probabilité d'un mouvement sismique sur une période donnée, et la durée de sa période de retour) des cycles sismiques. Elles permettent de dresser des cartes du risque sismique et par conséquent de définir des normes pour la construction de bùtiments (en général sous la forme d'une valeur d'accélération maximale du sol) adaptées à chaque région et chaque niveau de risque. Certaines failles telles celles de San Andreas en Californie ont fait l'objet d'études statistiques importantes ayant permis de prédire le séisme de Santa Cruz en 1989. Des séismes importants sont ainsi attendus en Californie, ou au Japon (Tokai, magnitude 8.3). Cette capacité prévisionnelle reste cependant du domaine de la statistique, les incertitudes sont souvent trÚs importantes, on est donc encore loin de pouvoir prévoir le moment précis, à l'échelle humaine, d'un séisme, afin d'évacuer à l'avance la population ou la mettre à l'abri.

Court terme

Les prĂ©dictions Ă  court terme se fondent sur des observations fines de l'Ă©volution de zones Ă  risque, et l'observation des sĂ©ismes eux-mĂȘmes. On sait par exemple que les tremblements de terre sont souvent prĂ©cĂ©dĂ©s de phĂ©nomĂšnes de migration de gaz vers la surface[53] qui peuvent aussi contribuer Ă  « lubrifier » certaines failles gĂ©ologiques et faciliter la survenue d'un sĂ©isme. On cherche Ă  mieux comprendre les liens entre lithosphĂšre, atmosphĂšre et ionosphĂšre qui pourraient aider Ă  mieux prĂ©voir certains sĂ©ismes[54].

Les gouvernements et autoritĂ©s locales souhaitent des informations certifiĂ©es avant d'Ă©vacuer une population des sites suspectĂ©s mais les prĂ©dicteurs manquent de fiabilitĂ©[55]. Les États-Unis utilisent des outils de grande sensibilitĂ© autour des points statistiquement sensibles (tels que Parkfield en Californie) : vibrateurs sismiques utilisĂ©s en exploration pĂ©troliĂšre, extensomĂštres Ă  fil d'invar, gĂ©odimĂštres Ă  laser, rĂ©seau de nivellement de haute prĂ©cision, magnĂ©tomĂštres, analyse des puits. Le Japon Ă©tudie les mouvements de l'Ă©corce terrestre par GPS[56] et par interfĂ©romĂ©trie (VLBI), mĂ©thodes dites de gĂ©odĂ©sie spatiale. En Afrique du Sud, les enregistrements se font dans les couloirs des mines d'or, Ă  2 km de profondeur. La Chine se base sur des Ă©tudes pluridisciplinaires, tels que la gĂ©ologie, la prospection gĂ©ophysique ou l'expĂ©rimentation en laboratoire.

La surveillance d'anomalies d'émission de radon (et de potentiel électrique) dans les nappes sont évoqués[57], basée sur l'hypothÚse qu'avant un séisme le sous-sol pourrait libérer plus de radon (gaz radioactif à faible durée de vie). On a constaté (par exemple en Inde[58]) une corrélation entre taux de radon dans les nappes souterraines et activité sismique. Un suivi en temps réel du radon à coût raisonnable est possible[58]. On a aussi montré dans les Alpes françaises que les variations de niveaux (de plus de 50 mÚtres) de deux lacs artificiels modifiaient les émissions périphériques de radon[59].

Des recherches récentes soutiennent une possible corrélation entre des modifications de l'ionosphÚre et la préparation de tremblements de terre, ce qui pourrait permettre des prédictions à court terme[60],[61].

De mĂȘme, les sĂ©ismes sont prĂ©cĂ©dĂ©s de modifications locales du champ magnĂ©tique (en ultra-basses frĂ©quences)[62], par exemple observĂ©e le lors d'un sĂ©isme sur l'Ăźle de Guam[63], de mĂȘme pour le sĂ©isme de 1989 Ă  Loma Prieta, de magnitude 7.1[63]. Selon Fraser-Smith & al. en 1994, il aurait fallu un rĂ©seau de dĂ©tecteurs de champ magnĂ©tique conventionnels espacĂ©s sur une grille dont la taille de maille serait infĂ©rieure Ă  100 km pour dĂ©tecter les fluctuations du champ magnĂ©tique ULF avant les tremblements de terre de magnitude supĂ©rieure Ă  7, mais des gradiomĂštres de champ magnĂ©tique supraconducteur pourraient offrir une plus grande sensibilitĂ© et une meilleure portĂ©e[64].

Des fibres optiques sont dĂ©jĂ  utilisĂ©es par les compagnies pĂ©trogaziĂšres pour faire office de sismomĂštre. Leurs impuretĂ©s innĂ©es sont des « capteurs virtuels » : Ă  l'extrĂ©mitĂ© d'une fibre, un « interrogateur » Ă©lectronique envoie des impulsions-laser et analyse la lumiĂšre qui rebondit (rĂ©trodiffusion) ; des anomalies du temps de rĂ©trodiffusion signifient que la fibre s'est Ă©tirĂ©e ou contractĂ©e (ce qui se produit en cas d'exposition Ă  une onde sismique ou une vibration induite Ă  proximitĂ©)[65]. Selon B. Biondi (gĂ©ophysicien de l'UniversitĂ© de Stanford), un « interrogateur » unique peut gĂ©rer 40 kilomĂštres de fibre et contrĂŽler un capteur virtuel tous les deux mĂštres, des milliards de tels capteurs sont dĂ©jĂ  prĂ©sents dans les lignes de tĂ©lĂ©communication dispersĂ©es dans le monde mains non utilisĂ©s. Ils pourraient donc l'ĂȘtre pour dĂ©tecter des anomalies et amĂ©liorer la prĂ©diction sismique[66], en distinguant notamment les ondes P (qui voyagent plus vite, mais en faisant peu de dĂ©gĂąts) des ondes S (plus lentes et causant plus de dĂ©gĂąts)[65]. On a d'abord cru qu'il fallait les coller Ă  une surface rigide ou les noyer dans du bĂ©ton, mais on a rĂ©cemment montrĂ© que des faisceaux de fibres lĂąches placĂ©s dans un simple tuyaux de plastique suffisent. L'information est de qualitĂ© moyenne, mais elle peut ĂȘtre acquise sur de vastes territoires et Ă  bas coĂ»t[65].

Notes et références

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Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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